La rentrée côté enseignant : accueillir la confiance avant les apprentissages

« Je vous fais confiance. »

C’est une phrase que j’ai prononcée à chaque rentrée, dès les premiers jours de classe.

Pas comme une formule destinée à démarrer l’année sur une note positive, mais parce qu’il me semblait essentiel que chacun de mes élèves sache, avant même le premier exercice, qu’il avait toute ma confiance et que je croyais en ses capacités.

Je leur expliquais aussi l’autre versant de cette phrase : cette confiance pouvait se perdre. Non parce que je cesserais de croire en eux au fond, mais parce qu’un comportement pouvait l’abîmer. Et que la reconstruire demandait toujours plus de temps que de la recevoir d’emblée.

Ce n’était pas une menace. C’était une manière de leur dire : notre relation compte, et nous en sommes tous les deux responsables.

Dans un précédent article de ce blog, j’évoquais la rentrée du point de vue de l’enfant neuroatypique : ce changement de repères, cette angoisse qui s’installe parfois dans le corps avant même de pouvoir se dire avec des mots.

Aujourd’hui, j’aimerais me placer de l’autre côté du bureau : celui de l’enseignant qui accueille ces enfants dans sa classe.

Parce qu’au fil de mes dix-sept années d’enseignement, une conviction s’est imposée à moi : avant les apprentissages, avant les adaptations, avant même les premiers outils pédagogiques, il y a la relation.

 

Avant les apprentissages, il y a la relation

 

Lorsque l’on parle d’accompagnement des enfants neuroatypiques, on pense souvent aux aménagements : un pictogramme, une consigne simplifiée, un temps supplémentaire, un casque anti-bruit…

Ces outils sont précieux. Ils répondent à de réels besoins.

Mais ils ne fonctionnent réellement que lorsqu’ils sont portés par une relation de confiance.

Un enfant qui ne fait pas confiance à son enseignant utilisera rarement spontanément l’outil qui lui est proposé, même s’il est parfaitement adapté. Il pourra le refuser, l’oublier ou s’en servir sans réelle efficacité.

À l’inverse, un enfant qui se sent écouté, compris et respecté acceptera beaucoup plus facilement les aides proposées.

La confiance n’est donc pas un supplément d’âme.

Elle constitue le terrain sur lequel les apprentissages peuvent réellement prendre racine.

Cette relation se construit dès les premiers jours autour de trois piliers : la confiance, l’écoute et la reconnaissance.

La confiance : le premier cadeau que l’on peut offrir

 

Pour un enfant neuroatypique, une nouvelle rentrée signifie surtout un nouvel adulte à évaluer.

Est-ce que je peux me tromper devant lui sans être jugé ?

Est-ce que je peux dire que je ne comprends pas ?

Va-t-il me voir comme un élève difficile avant même de me connaître ?

Ces questions ne sont presque jamais formulées.

Pourtant, elles orientent souvent les comportements des premiers jours : certains testent les limites, d’autres se replient, s’agitent ou, au contraire, cherchent à devenir invisibles.

Ce n’est pas un jugement sur l’enseignant.

C’est une façon, souvent inconsciente, d’évaluer la sécurité de la relation.

Dire explicitement à un enfant : « Je te fais confiance », comme je le faisais à chaque rentrée, change profondément la dynamique.

La confiance n’est plus quelque chose qu’il doit mériter avant de l’obtenir. Elle lui est offerte dès le départ.

Et parce que je leur expliquais aussi qu’elle pouvait se perdre, ils comprenaient qu’ils avaient eux aussi un rôle actif dans cette relation.

Une autre manière de construire cette confiance consiste à accueillir l’enfant avant son dossier.

Bien sûr, les informations transmises par les collègues sont précieuses.

Mais rencontrer un élève avant de le regarder à travers les difficultés qui nous ont été rapportées change profondément la qualité du premier regard que l’on pose sur lui.

Et les enfants le ressentent.

L’écoute : entendre ce qui se cache derrière le comportement

 

Lorsqu’un enfant refuse une consigne, s’agite ou se ferme complètement, il ne communique jamais dans le vide.

Il exprime quelque chose qu’il ne sait souvent pas mettre en mots.

Une surcharge sensorielle.

Une consigne mal comprise.

Une fatigue accumulée.

Un besoin de retrouver un peu de contrôle dans une situation qui lui échappe.

Écouter ne consiste donc pas uniquement à entendre ce que l’enfant dit.

C’est aussi essayer de comprendre ce que son comportement cherche à raconter.

Cela demande parfois de suspendre, quelques instants, le réflexe de vouloir corriger immédiatement le comportement pour chercher d’abord à en comprendre l’origine.

Bien sûr, ce n’est pas toujours possible dans une classe de vingt-cinq élèves.

Mais un simple temps d’échange individuel, quelques minutes à la fin d’une journée lorsque cela est possible, peut suffire à faire comprendre à un enfant qu’il a réellement été entendu.

La reconnaissance : voir l’enfant avant son trouble

 

Reconnaître un enfant ne signifie pas simplement accepter ses particularités.

C’est lui montrer que sa manière d’être au monde possède une valeur.

Un enfant qui a le sentiment d’être regardé uniquement à travers ses difficultés développe rarement l’envie de se dépasser.

À l’inverse, lorsqu’il sent que l’on voit aussi sa créativité, sa persévérance, son humour, sa sensibilité ou sa curiosité, il construit progressivement une image beaucoup plus solide de lui-même.

Cette reconnaissance passe souvent par des gestes très simples.

Nommer une réussite précise plutôt qu’un compliment général.

S’intéresser à une passion, même si elle s’éloigne du programme.

Ou simplement dire à un enfant ce que l’on apprécie chez lui, indépendamment de ses résultats scolaires.

Être reconnu ne signifie pas être félicité en permanence.

Cela signifie être vu dans sa globalité.

Lorsque la confiance permet aux enfants d’oser

 

Au cours de mes dix-sept années d’enseignement, une classe m’a particulièrement marquée.

Cette année-là a été éprouvante. Malgré un cadre clair et constant, certains comportements occupaient une place importante dans le quotidien de la classe. Il fallait sans cesse reprendre, recadrer, accompagner.

Et pourtant…

Jamais je n’ai cessé de croire que ces élèves étaient capables de grandes choses.

En fin d’année, nous avons réalisé ensemble un journal de voyage scolaire.

Avant de commencer, nous avons découvert ce qui compose un journal : les différents types d’articles, les bandes dessinées, les jeux, les mots croisés, les interviews… Puis les élèves ont choisi, par petits groupes, la rubrique qu’ils souhaitaient créer.

Je les ai regardés débattre, écrire, chercher, créer, recommencer, s’entraider. Chacun trouvait peu à peu sa place dans ce projet collectif.

Lorsque je leur ai remis, à la fin de l’année, un exemplaire imprimé de leur journal, je n’ai pas seulement vu leur fierté.

J’ai revu tout le chemin parcouru.

Ce projet n’a pas fait disparaître les difficultés que nous avions traversées tout au long de l’année.

En revanche, il m’a rappelé une chose essentielle : un enfant ne se résume jamais aux comportements qu’il manifeste.

Derrière l’agitation, les oppositions ou les débordements se cachent parfois une créativité, une implication et des compétences qui ne demandent qu’à trouver un espace pour s’exprimer.

Encore faut-il qu’un adulte continue de croire qu’elles existent.

C’est cela, pour moi, la confiance.

 

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Cécile Brissaud — Psychopédagogue spécialisée TDAH, DYS, TSA et HPI en Vendée et Loire-Atlantique. Interventions à Legé, Corcoué sur Logne et alentours.