La rentrée en périscolaire : et si tout commençait par une autre question ?
En fin d’année scolaire, avant les vacances, j’avais demandé à mes futurs élèves de me parler de ce qu’ils aimaient. Pas de leurs notes, ni de leurs matières préférées, mais de leur sport, de leur livre préféré, de leur activité du mercredi… de tout ce qui les faisait vibrer en dehors de la classe.
Le jour de la rentrée, j’ai senti une vraie différence. Ces enfants savaient déjà que je m’intéressais à eux pour ce qu’ils étaient, pas seulement pour ce qu’ils allaient devoir apprendre.
Cette démarche m’a beaucoup servi par la suite. J’ai pu accrocher certains apprentissages à leurs centres d’intérêt, ou simplement leur laisser un espace pour parler de ce qui les passionnait à travers un exposé ou un exercice d’expression écrite.
C’était aussi une façon précieuse de les rassurer lorsqu’ils en avaient besoin.
« Je vois que c’est difficile aujourd’hui. Comment s’est passé ton week-end au poney ? »
« Et ton match de hand, tu as passé un bon moment ? »
Un service périscolaire ou un centre de loisirs ne permet évidemment pas ce même fonctionnement. Le temps est plus court, les groupes changent, on n’a pas toujours l’occasion d’échanger individuellement avec chaque enfant.
Mais le principe, lui, reste tout à fait transposable. Et c’est justement l’objet de cet article, en écho à celui déjà publié sur ce blog consacré à la rentrée vécue par les enfants neuroatypiques.
La question qu’on pose sans y penser… et celle qui peut tout changer
« Alors, content de la rentrée ? »
« Ça a été, à l’école ? »
Ces questions partent d’une bonne intention. Pourtant, elles ramènent presque toujours l’enfant au même terrain : celui de la scolarité, souvent déjà très chargé émotionnellement. La réponse est alors souvent rapide, évasive, parfois négative.
Une autre question, pourtant toute simple, peut complètement changer la dynamique :
- « C’était quoi le meilleur moment de tes vacances ? »
- « Tu t’es bien amusé à la récré ? »
- « Il y a quelque chose qui t’a plu aujourd’hui ? »
Ces questions ne s’intéressent pas à la performance scolaire. Elles donnent de la valeur à ce que l’enfant a vécu, ressenti ou apprécié.
Et c’est précisément ce que beaucoup d’enfants, neuroatypiques ou non, ont besoin d’entendre à la rentrée : que ce qui compte pour l’adulte en face d’eux n’est pas seulement ce qu’ils réussissent, mais aussi ce qu’ils vivent.
Un cadre différent, des besoins qui ne changent pas
L’école offre généralement des repères relativement stables : une classe, un ou deux enseignants référents, un emploi du temps connu.
Le périscolaire et les centres de loisirs fonctionnent autrement : les groupes évoluent, les animateurs changent, les activités varient davantage.
Pour un enfant qui a besoin de sécurité et de prévisibilité, ce fonctionnement plus souple peut parfois être encore plus déstabilisant que la classe elle-même.
C’est un point souvent sous-estimé : un enfant qui « tient » toute la journée en classe peut exploser une fois arrivé au périscolaire. Ce n’est pas une contradiction. C’est souvent la conséquence d’un besoin de repères qui reste présent, dans un environnement qui en offre moins.
Plus le cadre est souple, plus certains enfants ont besoin que les adultes deviennent eux-mêmes des repères.
Ce que vous pouvez observer, même sans diagnostic
Vous n’avez pas toujours accès aux informations médicales ou aux aménagements mis en place à l’école. Et ce n’est pas indispensable pour adapter votre accueil.
Certains comportements peuvent simplement attirer votre attention :
- refuse systématiquement les activités libres mais participe volontiers aux activités très structurées ;
- s’isole ou entre rapidement en conflit lorsque le bruit ou le nombre d’enfants augmente ;
- demande sans cesse ce qui va se passer ensuite afin de se rassurer ;
- semble gérer toute la journée avant d’exploser au moment des transitions (fin d’activité, départ aux toilettes, arrivée des parents).
Ces comportements ne traduisent pas forcément un manque de volonté ou un refus d’obéir. Ils peuvent être les signes d’une fatigue importante ou d’un besoin de repères plus marqué.
Ce que vous pouvez ajuster, à votre échelle
Poser d’autres questions
Comme dans l’anecdote du début, s’intéresser à ce que l’enfant a aimé, vécu ou ressenti plutôt qu’à ce qu’il a réussi ou échoué.
Cela ne prend que quelques secondes, mais cela change profondément la manière dont il se sent accueilli.
Rendre la journée plus prévisible
Un simple planning affiché avec les différentes activités de la journée, même très sommaire, permet de diminuer l’incertitude.
Cette adaptation profite à tous les enfants.
Annoncer les changements
Une activité annulée, un animateur remplacé ou une sortie reportée peuvent sembler anodins à un adulte.
Pour certains enfants, ces changements peuvent être très déstabilisants s’ils surviennent sans avoir été annoncés.
Prévoir un espace ressource
Un endroit plus calme, accessible sans avoir besoin de demander l’autorisation, permet parfois à un enfant en surcharge sensorielle ou émotionnelle de retrouver son équilibre avant que la situation ne s’aggrave.
Échanger avec les familles
Il n’est pas nécessaire d’attendre un dossier officiel pour dialoguer avec les parents.
En quelques minutes, ils peuvent souvent partager des informations très utiles sur ce qui rassure leur enfant, ce qui l’aide… ou, au contraire, ce qui risque de le mettre en difficulté.
Le rôle essentiel des collectivités et des structures jeunesse
C’est précisément là que les collectivités ont un rôle essentiel à jouer.
Les services périscolaires et les centres de loisirs accueillent aujourd’hui, comme toutes les structures collectives, un nombre important d’enfants présentant un trouble du neurodéveloppement. Selon la Stratégie nationale pour les TND, cela concerne environ un enfant sur six.
Pourtant, les équipes d’animation ne bénéficient pas toujours d’une sensibilisation suffisante à ces particularités. Il ne s’agit pas d’un manque d’implication. C’est avant tout un manque d’outils, souvent lié au temps disponible ou au contenu des formations initiales et continues.
Sensibiliser une équipe ne consiste pas à transformer chaque animateur en spécialiste des troubles du neurodéveloppement.
Il s’agit surtout de partager une même grille de lecture, quelques repères simples et des réflexes communs qui rendent le quotidien plus serein, pour les enfants comme pour les professionnels.
Vous êtes responsable d’un accueil périscolaire, d’un centre de loisirs ou d’une collectivité et vous souhaitez sensibiliser ou former votre équipe aux troubles du neurodéveloppement ?
Échangeons sur vos besoins.
Vous vous reconnaissez dans ces situations ? Vous accompagnez un enfant qui « ne rentre pas dans la case » ? N’hésitez pas à me contacter pour un premier échange.
Cécile Brissaud — Psychopédagogue et formatrice spécialisée TDAH, DYS, TSA et HPI en Vendée et Loire-Atlantique. Située à Legé.